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mercredi 23 mars 2022

Maigre ou ne pas être


J'étais mon propre tortionnaire, dictateure sans scrupule, je m'imposais un régime alimentaire draconien et des heures de sport quotidien. Au moindre écart, mon corps se révulsait, le trop plein, il fallait l'expulser. Vomir le plaisir,  me haïr. Ce corps, mon corps, si j'avais pu m'en débarrasser. 

J'étais jeune, intelligente, jolie, gracile,  je me croyais laide, énorme, incapable. Ne pas grandir, peur de la vie. 

Mais ça c'était avant. Avant que je ne m'aime.

Me voilà à l'aube de ma 50ème année. Quelques kilos en trop, mes racines sont grises, dans le miroir, une femme enfin heureuse.


mercredi 23 février 2022

Pyjama rayé




Trop perfectionniste, trop exigeante avec mes proches, trop émotive, trop impatiente, trop décalée, trop passionnée, trop directe, trop dispersée, mal à l'aise dans la foule, difficile à suivre dans une discussion, totalement démotivée quand le sujet ne m'attire pas, procrastinatrice par peur de l'échec.

Mais faisant preuve d'une curiosité sans borne, toujours à chercher à en savoir plus, à me perdre dans le foisonnement de mes pensées, jusqu'à en oublier ma quête première. Mes sens en éveil et mon imagination débordantes sont indissociables. Le simple fait de penser une situation déclenche son flot d'odeurs, de sons, de formes, de couleurs, de projections et ... d'angoisses. S'il y a intérêt, il y a intensité. 

Bref!  Je manie l'art de me compliquer la vie.

Pour me soulager, il m'a fallu apprendre à dissocier mon mental dans la douceur et laisser mon esprit vagabonder positivement. "M'occuper les mains pour vider ma tête".

Incapable de rationaliser mes émotions, victime de ma dépendance affective, en amour, je donne tout, je prends tout.  

Ceux qui m'accompagnent ont du mérite.  Leur capacité d'adaptation, leur patience sans égale, leur rationalité et leur pensée structurée me rassurent, m'apaisent. 




dimanche 20 février 2022

et si...

"Que l'on fasse l'amour ou du bricolage, le calme et le silence améliorent la réflexion et la qualité de l'expérience. Il faut sérieusement haïr quelqu'un pour le tuer en silence, il faut aimer profondément pour faire l'amour sans mot dire ni dire un mot. Il faut être bien sûr de soi et de ses convictions pour agir dans le calme, loin de la spontanéité apparente du vacarme."
             Bernard Arcand
Les bibliothécaires, p.159, in Du pipi, du gaspillage et sept autres lieux communs, Boréal




mardi 28 décembre 2021

Le premier homme de sa vie

 "Une vraie petite caillera!" 

Des mots jetés avec fierté par un père, une phrase qui me heurte. N'est-ce pas dans le regard de son père, que se construit la petite fille?

  • Père-fille, une histoire de regard. Didier Lauru chez Albin Michel
  • Pères d’aujourd’hui, filles de demain.Valérie Colin, éditeur Marabout

samedi 6 novembre 2021

Samedi avec mes ados

Juste avant que siffle la bouilloire, frémisse la soupe,  grésille le gaufrier, grogne le percolateur,  tourne la platine et que leurs pas résonnent dans l'escalier.


vendredi 9 juillet 2021

chapitre 2: Nous n'irons pas aux fraises.

On en apprend beaucoup sur les gens en assistant à leurs obsèques. Ainsi, je  découvre que Célestin Murier était bon, généreux,  fan de Mylène Farmer et aimait la vie. Me vient une question:s'il avait détesté la vie, le prêtre l'aurait-il mentionné? 
Mais revenons à notre histoire. Pourquoi je suis là, coincée entre la mère et la soeur du défunt ??? Mauvais timing? Karma facétieux? Il paraît que le remède à l'ennui, c'est la curiosité, et depuis ce soir, la mienne me démangeait.
Après sa blanquette, Célestin, Tintin pour les intimes, la commande passée, se plaignit d'une piqûre de moustique dans la nuque, fait peu crédible sous nos latitudes en plein mois de janvier mais je lui laissais le bénéfice du doute. Ensuite, il se mit en tête de me conter ses virées aux quatre coins de l'hexagone, quand, soudain, il piqua du nez dans son assiette. Décidément, cette soirée n'était pas des plus ordinaires. Moi qui n'aspirait qu'à prendre un thé en bouquinant, me retrouvais à grignoter avec un hurluberlu narcoleptique. N'ayant jamais été confrontée à telle situation, je ne savais s'il convenait de le laisser reposer face dans l'assiette ou s'il fallait tenter de la retirer. Mais une telle manoeuvre me semblait bien trop risquée.  je ne tenais pas à attirer l'attention en projetant la porcelaine au sol. Et puis le risque de noyade était nul, il avait consciencieusement saucé son plat.  Donc je ne fis rien. Au bout de cinq minutes, j'optais  tout de même pour une tentative de réveil en douceur. Au moment ou je m'apprêtais à lui balancer mon pied dans le tibia, il releva la tête et déclara : "Parfait, je voulais simplement vérifier que tu étais bien celle que je crois. J'ai eu comme un doute, il fallait que je m'en assure. Mais maintenant, c'est évident." Franchement, je ne comprenais rien à ses paroles mais pris un air entendu et lui fis savoir que oui, j'étais bien moi. Il confirma qu'il en était sûr, vu qu'il ne travaillait qu'avec les meilleurs, étant lui-même le meilleur, jamais le colonel ne lui aurait adjoint une mauviette, d'ailleurs son dernier équipier ... Mais jamais je ne connaîtrai la fin de l'histoire.  Célestin,   - je ne me sens pas assez proche de lui pour l'appeler Tintin - s'écroula au pied du serveur qui lâcha son plateau. Malgré le massage cardiaque prodigué par un client, lorsque les secours arrivèrent Murier gisait inerte, chemise maculée de framboises écrasées et de crème glacée à la vanille fondue. Le médecin déclara qu'il était trop tard, les gendarmes prirent mon identité, le bistrotier m'offrit une liqueur, sa femme me prit dans ses bras et on emmena le corps. Je rentrais chez moi pensant m'en tirer avec une vingtaine de séances chez le psy, quand mon téléphone sonna. Ma copine Lili venait s'enquérir de ma santé:"Alors, tu dînes avec un keum qui clamse et tu ne dis rien à ta meilleure amie?" . Je ne m'étonnais pas de ce qu'elle sut déjà, Lili a le don d'être au courant de tous les cancans , et lui demandais de m'en excuser car suite à la mort imprévue du beau gosse j'avais un peu l'esprit ailleurs. D'un esprit pratique, la reine des potins me demanda si j'avais de quoi me vêtir pour les funérailles et me proposa une journée shopping. je déclinais l'offre, tentais vainement de lui expliquer que je ne connaissais pas l'individu, puis prétextant un besoin pressant, raccrocha. 
Après une nuit de sommeil agitée, je me traînais jusqu'à la salle de bain, et tout en écoutant la chronique de Daniel Morin, me demandais pourquoi Célestin avait choisi de trépasser en ma compagnie. Un peu d'anti-cernes, du blush, un coup de mascara, je réfléchirai à tout ça plus tard, il était temps de reprendre une vie normale, sans mort au dîner, la première chose à faire étant de courir jusqu'à l'arrêt du tram. Durant le trajet, pour faire comme tout le monde, je consultais ma messagerie. 
Une certaine Clothilde MR me contactait:"Cher Mila, je suis sa soeur. Il et mort et moi je le croi pas, c trop dur. Je pleur et maman et papa aussi. Il faut tu viens tétai ça crush et tu la vu partir"
Alors qu'il était si facile de ne pas répondre, j'optais pour la difficulté. Vu la richesse de sa prose, je supposais que son auteure frisait les 15 ans. Spécifiant qu'il n'y avait rien de bien sérieux entre le mort et moi, je tentais de réconforter l'adolescente à l'orthographe hésitante par deux ou trois platitudes. Cette dernière me donna leur adresse et me supplia de les rejoindre car plus on est de fous, mieux on pleure. Elle m'écrivait que les funérailles auraient lieu samedi ainsi toute la famille serait présente, il n'y avait plus qu'à prévenir le prêtre et passer aux pompes funèbres, mais comme j'étais sa fiancée, peut-être que j'aimerai me joindre à eux pour effectuer les démarches. A cet instant, je réalisais qu'il était étonnant que cette demoiselle ait mon numéro alors que nous ne nous connaissons ni d'Ève ni d'Adam, ni d'aucun autre d'ailleurs. Je lui demandais qui lui avait fourni l'information, et quelle ne fut ma surprise quand elle m'avoua  que son frère m'avait créée une fiche ICE, j'étais la personne à prévenir en cas d'urgence! Pressentant une embrouille, toute personne raisonnable aurait bloquée son interlocutrice à cet instant, mais intriguée, je promis de me rendre aux funérailles. 
Et m'y voilà.














mercredi 16 juin 2021

Pas le roman du siècle

Avertissement: Même si j'écris à la première personne, ce qui suit n'est que fiction, fruit de mon imagination débordante. Tout individu qui se reconnaîtrait est prié de constater qu'il n'est pas réel et de retourner se coucher entre les pages de ce qui n'est et ne sera jamais un roman.




Prologue


Un homme sortit de ma vie, ou plutôt, musarda longuement entre fraude et dissimulation puis finit par prendre la tangente, mais, le pleutre, terrifié par les tumultes que créerait son changement de cap, rebroussa chemin . 

Finalement, c'est moi qui pris la porte et partis pour un long périple dont je vais vous conter quelques étapes.



 chapitre 1 


Un café à l'ancienne, le patron qui essuie le zinc d'un grand coup de torchon,  sa bourgeoise qui interpelle les habitués, et moi, perdue au milieu de tous ces gens. Comment et pourquoi je m'y trouve ? Il faut dire que j'aime teinter ma vie d'exotisme. Mais, intéressons nous plutôt à cet instant précis. Dans le brouhaha des conversations, je griffonne quelques portraits pas très réussis des clients et m'imagine un peu leur vie. A la porte, un grand brun, bien mis, scrute la salle, puis se dirige vers moi, s'installe le plus naturellement du monde à ma table et me sort : " Salut, t'as déjà commandé? Comment est votre blanquette?". 

C'est une blague! Le gars a fait un pari? Où un farfelu? Allez, je joue.

"La blanquette est bonne, On m'a dit le plus grand bien de vos harengs pommes à l'huile." Il me gratifie d'un grand sourire et se présente ...



Suite ou pas au prochain post.